L’espace… de quelques heures, je détourne l’espace. Je me mets à quatre pattes et de nouveaux chemins s’offrent à moi, comme si le lieu m’offrait une toute nouvelle topologie

L’auditorium devient un terrain de jeu.

Je traverse les étages par les tables. Je peux passer d’un étage à l’autre en passant par les tables. Monter sur les sièges, sous les sièges. Je marche sur les cahiers, les ordinateurs, les manteaux des autres. Tout cela n’est que surface pour moi.

Je me suis déjà retrouvée nez à nez avec un iguane autour d’un tronc. Ses mains passaient autour des miennes. A l’instar de cette image, je passe à travers les gens, comme si de rien n’était.

Les gens ne bougent pas, on n’entend que le craquement du bois sous mes pas et la voix de l’intervenant. Ils sont si silencieux que même un iguane les confondrait avec des arbres. Les gens se transforment en de simples obstacles à éviter ou de possibles surfaces d’escalade. Les gens ne me parlent plus. Je suis très proche d’eux, et je leur expose mon corps d’une toute autre manière. On veut me toucher, on me prend la queue comme on essaie de caresser un chat ou un chien.

Je suis concentrée sur mon équilibre. Il faut que j’anticipe mon chemin.

Marcher à quatre pattes déséquilibre mon corps. L’avant de mon corps est désormais uniquement porté par mes bras, il est si lourd. Descendre les escaliers me parait presque impossible. Je dois avoir conscience de mes gestes. Il faut qu’ils perdent leur humanité.

L’immersion dans le personnage est très physique. Les genoux endoloris, mon corps me réclame de reprendre une posture humaine.

Cette salle a été soigneusement conçue pour valoriser la parole de l’intervenant. En défiant cette architecture, les modalités du discours ne s’appliquent plus à moi. Les discours ne sont plus que des bruits pour moi. Le langage n’a plus de sens. D’ailleurs, il y a bien longtemps que je ne regarde plus l’intervenant.

L’iguane

Topologie d’un colloque – Dessins au stylo – 21 x 29,7 cm