Mon costume collé à ma peau laisse deviner les formes de mon corps.

Je me place au centre de la salle et j’arrête de bouger pendant 10-15 minutes. L’expérience est très différente des précédentes performances. Les élèves sont en retrait, il y a très peu, voire aucune interaction entre eux et moi.

Comme la scène qui protège l’artiste, le mètre qui me sépare des premiers rangs semble avoir dressé un rempart qui se traverse par le regard.

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Moi, je fixe un dessin, cela m’aide à oublier mon corps et à ne pas bouger, j’attends tranquillement que le dessin apparaisse petit à petit sous la main d’un élève.

On ne regarde plus mon visage ou mes yeux. Ici, pas de profondeur du regard, c’est un regard distant, concentré, presque indifférent qui se plaque sur moi, et se balade le long de mon corps.

Pour me représenter ils doivent regarder au-delà de ma peau. Ils doivent voir mes articulations, mes volumes et mes formes.

Certains essaient de reproduire l’exercice de nu classique. J’entends une élève dire : « On ne voit rien avec le costume ! ». Dessiner un corps sans le voir. Mon costume noir absorbe la lumière. Pas de jeu de clair-obscur possible. Ils accentuent mes formes féminines, me rappelant que je suis humaine. A l’instar d’une créature mythologique, je suis une femme avec une queue. Parfois, je ne suis que pantin ou marionnette à qui il manque des membres, une main ou un pied. Petit à petit, l’iguane apparaît. Des motifs apparaissent, des pics… certains se rattachent au relief du tissu en insistant sur tous les plis ou en marquant l’interface entre mon masque et ma combinaison.

In fine, on me renvoie à la réalité corporelle de mon personnage : je suis une femme avec un costume d’iguane.

L’iguane

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