Le journal de l’iguane

Exode

Performance 25.06.2019,Cité Internationale Universitaire, Paris.

Ces jours-ci je rêvais d’un temple de fraîcheur, je voulais rejoindre la cime des arbres et vivre à l’ombre des feuilles. L’iguane allait retrouver son habitat. Tel un pèlerinage que je m’étais fixé, il allait rejoindre les arbres.

C’était un jour de canicule, le latex fondait avec la chaleur et mon costume était davantage un poids plutôt qu’une deuxième peau.

Je commençai à ramper, la sueur ruisselait sous mon masque. Je déambulai parmi un méandre de couloirs et escaliers à la recherche d’une sortie. Au bout de cette errance labyrinthique, une rampe surplombait le hall. Sur ces hauteurs silencieuses, je me posai, tout en me liant d’amitié avec le vide.

Avancer… Rejoindre l’arbre.

Je traversai la porte qui séparait l’intérieur de l’extérieur et un vent frais m’enveloppa le corps.

Dehors, une étendue découverte m’attendait.

Il n’y avait que quelques buissons pour se cacher, aussi je me résignai à avancer à travers cette étendue désolée, à la merci des prédateurs et des humains.

La chaleur exténuante me forçait à m’arrêter à maintes reprises.

S’arrêter pour mieux avancer…

Je m’allongeai la tête vers le haut, concentrée sur les courants d’air qui me caressaient. Un chien vint me réveiller de ma somnolence, il aboyait nerveusement au moindre de mes gestes et cherchait à m’effrayer tout en me fuyant. C’était une piqûre de rappel à mon incarnation animale.

Ramper encore, sur le gazon, les cailloux, le béton…

Avancer jusqu’à l’Eden, avancer malgré la fatigue, les aspérités, les rencontres incongrues.

Fuir.

Exode.

L’iguane

Au-delà de ma peau

Mon costume collé à ma peau laisse deviner les formes de mon corps.

Je me place au centre de la salle et j’arrête de bouger pendant 10-15 minutes. L’expérience est très différente des précédentes performances. Les élèves sont en retrait, il y a très peu, voire aucune interaction entre eux et moi.

Comme la scène qui protège l’artiste, le mètre qui me sépare des premiers rangs semble avoir dressé un rempart qui se traverse par le regard.

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Moi, je fixe un dessin, cela m’aide à oublier mon corps et à ne pas bouger, j’attends tranquillement que le dessin apparaisse petit à petit sous la main d’un élève.

On ne regarde plus mon visage ou mes yeux. Ici, pas de profondeur du regard, c’est un regard distant, concentré, presque indifférent qui se plaque sur moi, et se balade le long de mon corps.

Pour me représenter ils doivent regarder au-delà de ma peau. Ils doivent voir mes articulations, mes volumes et mes formes.

Certains essaient de reproduire l’exercice de nu classique. J’entends une élève dire : « On ne voit rien avec le costume ! ». Dessiner un corps sans le voir. Mon costume noir absorbe la lumière. Pas de jeu de clair-obscur possible. Ils accentuent mes formes féminines, me rappelant que je suis humaine. A l’instar d’une créature mythologique, je suis une femme avec une queue. Parfois, je ne suis que pantin ou marionnette à qui il manque des membres, une main ou un pied. Petit à petit, l’iguane apparaît. Des motifs apparaissent, des pics… certains se rattachent au relief du tissu en insistant sur tous les plis ou en marquant l’interface entre mon masque et ma combinaison.

In fine, on me renvoie à la réalité corporelle de mon personnage : je suis une femme avec un costume d’iguane.

L’iguane

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Défier l’architecte

L’espace… de quelques heures, je détourne l’espace. Je me mets à quatre pattes et de nouveaux chemins s’offrent à moi, comme si le lieu m’offrait une toute nouvelle topologie

L’auditorium devient un terrain de jeu.

Je traverse les étages par les tables. Je peux passer d’un étage à l’autre en passant par les tables. Monter sur les sièges, sous les sièges. Je marche sur les cahiers, les ordinateurs, les manteaux des autres. Tout cela n’est que surface pour moi.

Je me suis déjà retrouvée nez à nez avec un iguane autour d’un tronc. Ses mains passaient autour des miennes. A l’instar de cette image, je passe à travers les gens, comme si de rien n’était.

Les gens ne bougent pas, on n’entend que le craquement du bois sous mes pas et la voix de l’intervenant. Ils sont si silencieux que même un iguane les confondrait avec des arbres. Les gens se transforment en de simples obstacles à éviter ou de possibles surfaces d’escalade. Les gens ne me parlent plus. Je suis très proche d’eux, et je leur expose mon corps d’une toute autre manière. On veut me toucher, on me prend la queue comme on essaie de caresser un chat ou un chien.

Je suis concentrée sur mon équilibre. Il faut que j’anticipe mon chemin.

Marcher à quatre pattes déséquilibre mon corps. L’avant de mon corps est désormais uniquement porté par mes bras, il est si lourd. Descendre les escaliers me parait presque impossible. Je dois avoir conscience de mes gestes. Il faut qu’ils perdent leur humanité.

L’immersion dans le personnage est très physique. Les genoux endoloris, mon corps me réclame de reprendre une posture humaine.

Cette salle a été soigneusement conçue pour valoriser la parole de l’intervenant. En défiant cette architecture, les modalités du discours ne s’appliquent plus à moi. Les discours ne sont plus que des bruits pour moi. Le langage n’a plus de sens. D’ailleurs, il y a bien longtemps que je ne regarde plus l’intervenant.

L’iguane

Topologie d’un colloque – Dessins au stylo – 21 x 29,7 cm

Etre-HaZard

Aujourd’hui, je suis un élément perturbateur. Non prévue, méconnaissable, je suis une inconnue, dans le langage courant et mathématique. Et le hasard est inacceptable. On cherche les raisons de ma présence, de ce costume. Performance ? Bizutage ?

Aujourd’hui, je suis dans l’arène, comme un électron libre cherche son atome. Mon costume est la seule frontière entre fiction et réalité, entre personne et personnage. Ma peau en est toute recouverte. Je suis un iguane. J’emporte avec moi le monde animal.

Des regards s’attardent dans mes yeux. On ne m’avait jamais si profondément regardé. Seuls eux nous lient. Car j’ai du mal à parler, mon masque éteint les expressions de mon visage. Manger est difficile, je n’arrive pas à mettre la nourriture dans ma bouche.

Ma présence devient peu à peu familière et une forme d’humanité finit par s’installer. Mais certains événements me rappellent que je suis une créature. Derrière une porte, dans la pénombre, j’attends pour les toilettes. Une femme en sort et pousse un cri d’horreur.

A la fin de la journée, une petite fille me demande si je mange les enfants. Juste comme ça, elle me donne les clefs d’un nouveau monde.

L’iguane

Iguane déchu #2

Crédits photo (c) Luo Jian

Cette performance a eu lieu au colloque Critical Companies le 6 décembre 2017.

Au sein de l’amphithéâtre Bachelard de la Sorbonne, dont les sièges des auditeurs sont disposés en arc de cercle, tel que le veut la tradition, l’artiste revêtue d’un costume d’iguane, se balade entre le public. Tantôt, l’iguane marche sur leurs affaires, tantôt elle les contourne, s’arrête, se pose. Elle passe devant le public, traverse l’orateur. L’espace, dont la disposition originale est soigneusement étudiée et prévue à l’écoute, devient un terrain accidenté. Les tables deviennent des passages, la circulation s’ouvre à des nou- veaux chemins. Une toute nouvelle topologie s’offre à l’iguane.

L’iguane impose une dimension étrangère à ce colloque. Le colloque est un échange de parole soigneusement orchestré entre une élite intellectuel. Il se voit bouleversé par cette présence silencieuse, à la fois discrète et envahissante. Et en même temps, cette présence rappelle l’existence de ceux qui ne parlent pas. Elle redonne de la valeur à ceux qui ne parlent pas, aux animaux. Elle est le début d’une série de performances au sein de colloques et de conférences.

 

Liens de l’événement:

http://www.institut-acte.cnrs.fr/art-flux/2017/12/04/critical-companies/

https://www.facebook.com/events/225600214646753/

Exuvie 2017

Gants Mues-BD

La peau des serpents n’est pas élastique, au fur et à mesure que leur taille augmente, les serpents changent de peau et laissent une mue derrière eux. Cette matière délicate, est l’empreinte conforme de leur peau, de son relief et de sa texture.

Ce travail reproduit des formes humaines vides à partir de ce résidu. Les premières formes humaines réalisées sont les mains puis le visage. Telle une couturière je découpe cette mue et l’assemble pour épouser les formes du corps. C’est alors une deuxième métamorphose qui se produit. L’enveloppe corporelle de l’autre devient une enveloppe laissée par l’humain.