Epiphyte – 2015- 2016

Cette série semi-abstraite est la reconstitution d’un voyage à travers la peinture.

En 2014, je suis partie au Pantanal, une région du Brésil, pour réaliser une fiction photographique. Il s’agit d’une région hostile pour l’homme, mais qui constitue une réserve naturelle d’animaux sauvages. J’y ai posé mes valises pendant deux mois, dans une ferme, au milieu de cette vaste terre marécageuse déserte, où j’avais pour seule compagnie, le fermier du coin et le bétail, des caimans, des perroquets et quelques serpents.

Quelques mois après, je me suis replongée dans les souvenirs de mes photos et c’est à ce moment que naquit Epiphyte.

Il y a dans ce lieu, une infinité de plantes et d’animaux qui cohabitent. Mais il faut prêter attention pour les distinguer, car les formes et tonalités qu’ils présentent se mêlent et se juxtaposent jusqu’à ne former qu’un. Les oiseaux sont bleus comme le ciel ou verts comme les feuilles. A l’image de cette nature dominante, il existe des arbres épiphytes, c’est-à-dire parasites. Pour subsister, ils se nourrissent des autres, ils s’enroulent autour d’eux, les branches et troncs se superposent à tour de rôle. Des troncs immenses, apparents à des rideaux se dressent, de parts et d’autres. Ils finissent par recouvrir entièrement le premier arbre, et seul subsistent les traces de leur emprise.

Dans mes toiles, les tonalités se distinguent et se ressemblent, les lignes et les formes se repètent et se superposent jusqu’à noyer le dessin. Les toiles elles-mêmes sont coupées et regroupées, par la superposition, la couture et le collage. Les motifs, sont l’abstraction de motifs existants dans la nature. Je l’ai appelée Epiphyte en résonance avec ces arbres «étrangleurs ».

Il y a dans cette série, une remise en cause du support. La toile elle même devient matière. Les morceaux proviennent de toiles différentes, mais ils s’agencent, parce qu’ils ont des tonalités et des lignes similaires. Dans mes toiles, à l’image de la vie, on avance, on recule, on tourne en rond, on repart on revient, on casse tout pour mieux recoller les morceaux.